Lettre ouverte aux élus de la CAQ de la région de Québec

Penser le quartier Vanier dans une vision intégrée de développement local

Dans son livre Québec-Ouest/Vanier de l’indigence à l’indépendance (2018), l’historien Réjean Lemoine nous propose le récit de familles appauvries mais têtues, qui s’enracinent dans un territoire dépourvu de tout pour y construire une ville fière et autonome. Au long de cette histoire, une série d’anecdotes raconte la volonté du clergé d’imposer à la communauté locale un ordre moral interdisant le plaisir en public, y compris la danse, la baignade et le jeu. En cela, l’histoire de Vanier est représentative du Québec de la première moitié du 20ième siècle durant laquelle s’affrontent des tendances conservatrices et libérales. Cependant, c’est dans les quartiers populaires que la volonté de contrôle public va s’exprimer le plus fortement. Pour les autorités de l’époque, la pauvreté matérielle allait de pair avec une faiblesse morale qui, elle-même, annonçait des comportements nuisibles pour le corps et l’âme. Il fallait donc prescrire des comportements « sains » afin de protéger les pauvres… contre eux-mêmes.

La relance du débat sur la présence du Salon de jeux de Québec dans le quartier Vanier par des élus de la Coalition Avenir Québec semble faire écho à l’histoire du discours sur la fragilité morale des classes populaires. Leur principal argument est à l’effet que la population de Vanier est défavorisée et donc de facto vulnérable à l’offre de jeu de hasard. La seule proximité du Salon de jeu serait un facteur de risque pour la santé des adultes à faible revenu. On veut donc lui venir en aide en relocalisant le Salon de jeux. C’est oublier que la loterie de l’État est disponible dans tous les dépanneurs du quartier et que Loto-Québec pénètre dans tous les ménages avec ses campagnes publicitaires. Par ailleurs, nous trouvons une salle de bingo au cœur du quartier… qui finance des services communautaires. Enfin, que faire du Casino de Charlevoix qui est lui-même érigé dans une région à population fortement défavorisée?

L’argument de la vulnérabilité de la communauté de Vanier – la plus défavorisée sur le plan matériel de toute la Ville de Québec  il est vrai – ne fait pas de sens pour justifier le déménagement du Salon de jeux. Au contraire, le gouvernement du Québec devrait en faire un levier économique pour améliorer la qualité de vie des citoyens et citoyennes de Vanier. Pour y parvenir, il doit cependant l’inclure dans une vision intégrée de développement social, économique, culturel et communautaire à l’échelle locale et travailler avec les acteurs locaux.

Le contexte actuel est idéal. Avec le Centre Vidéotron, le Centre de foire, La Chapelle spectacles et le Grand marché de Québec, le Salon de jeux renforce la vocation d’îlot événementiel de ce secteur en y attirant des centaines de milliers de personnes. D’autres grandes transformations s’annoncent, par exemple à Fleur-de-Lys où Trudel Alliance investira des centaines de millions et sur le pôle urbain Hamel-Laurentienne que la Ville de Québec compte réaménager afin de favoriser les déplacements actifs, les transports collectifs, le verdissement, le vivre-ensemble.

Pour les acteurs communautaires, dont nous sommes, ces transformations offrent des possibilités nouvelles de partenariats avec des entreprises et des institutions d’enseignement pour des projets de formation des adultes, de réinsertion en emploi, d’économie sociale et d’espace culturel. C’est aussi une occasion de mobiliser les citoyens et citoyennes et de les impliquer dans le développement de leur quartier. Nous voulons que la communauté participe à ce développement, qu’elle l’influence et qu’elle en profite, justement, pour en finir avec cette défavorisation matérielle qui ne dit rien sur sa volonté et ses capacités à prendre son destin en main.

Nous savons que le gouvernement réfléchit à la possibilité de déménager le Salon de jeux de Québec pour en faire un casino dans un secteur touristique comme le Vieux-Québec.  À cet effet, la firme KPMG a été mandatée pour analyser les avantages et les inconvénients d’un tel projet. Avant de prendre une telle décision, le gouvernement du Québec doit travailler avec les acteurs locaux (Ville, entreprises, organismes communautaires) afin d’identifier les meilleurs leviers de développement local.

La Ruche Vanier est un organisme solidement ancré dans le quartier depuis plus de 40 ans. Elle est engagée dans la communauté et contribue à mobiliser tous les acteurs du territoire autour d’enjeux et de projets locaux visant l’amélioration de la qualité de vie. C’est à ce titre que nous prenons la parole aujourd’hui et demandons aux élus de la CAQ d’être à l’écoute et de venir travailler avec nous. 

François Labbé, directeur général

La Ruche Vanier (Ville de Québec)

Organismes qui appuient cette lettre (mis à jour le 10 juin 2019) :

  • Centre d’action bénévole de Québec
  • La Chapelle spectacles
  • Ressources Parents Vanier